Blade Runner : les spectateurs vont-ils rêver de moutons électriques ?

Après « Alien », un nouveau film culte pour Ridley Scott ?

Cette semaine sort dans les salles de cinéma le film Blade Runner. Un film d’anticipation américano-hong-kongais réalisé par Ridley Scott.

Le film se déroule dans les dernières années du 20ème siècle. Des milliers d’hommes et de femmes partent à la conquête de l’espace, fuyant l’air pollué des mégalopoles devenues insalubres et surpeuplés.
Afin de travailler dans les colonies qui accueilleront l’humanité, des « répliquants », des androïdes similaires aux êtres humains, ont été créés. Réduit en esclavage pour le travail, une poignée d’entre eux de type Nexus 6, le modèle le plus perfectionné, parvient en toute illégalité à retourner sur terre à Los Angeles afin de trouver des réponses sur leurs conditions. Sur place, un agent de l’unité spéciale, nommé les blade runner est alors chargé de les éliminer.

Pourquoi le film à toutes les cartes en main pour devenir culte ? D’abord, si Blade Runner est avant tout un film de science-fiction, il fait également références aux films noirs des années 40 avec son intrigue policière et son héros torturé. Lent, sombre, mélancolique et viscéral, c’est un film qui sait aussi être captivant et saisissant. Ce mélange des genres saura trouver son public.
Ensuite, Ridley Scott n’est pas un débutant dans ce procédé. On lui doit en 1979 une œuvre désormais incontournable du space opera et de l’horreur, « Alien ». Fort de son succès, le réalisateur revient à la charge avec en tête d’affiche la star de « La Guerre des Étoiles », Harrison Ford.
Enfin, ce qui fait de « Blade runner » un film si fascinant, ce sont les questions qu’il pose. Le film nous plonge dès les premières minutes dans un monde où les villes sont surpeuplées, ou les écrans ont envahis les murs des immeubles et où l’air est tellement pollué que cela crée une atmosphère asphyxiante et sans soleil. Nous avons là un film d’anticipation qui nous montre de façon pessimiste le terrible avenir qui nous attend si rien ne change. De plus, le film va encore plus loin en nous interrogeant sur notre propre humanité à travers les androïdes qui remettent en cause leurs conditions.

Un démarrage difficile et des divergences artistiques

Malgré les qualités citées précédemment, le film connait un démarrage difficile dans nos salles de cinéma. Le public n’est pas au rendez-vous et les critiques ne sont pas tendres avec lui.

Le film souffre des différences artistiques entre son réalisateur et ses producteurs, Bud Yorkin et Jerry Perenchio. Un document qui compile les notes prises par ces derniers lors d’une projection à récemment été mis en ligne sur Twitter. « La voix off est monotone (…) Cette voix off est horrible, la salle va s’endormir », dégaine Perenchio, avant de poursuivre : « Est-ce qu’ils étaient drogués quand ils ont fait ça ? ».


Jerry Perenchio a également écrit « Ce film devient de pire en pire à chaque plan ». Pour Bud Yorkin, les plans où Harrison Ford poursuit une répliquante sont « trop nombreux ». « Jusqu’à la mort de Zhora, le film est d’un ennui mortel », concluent les deux co-producteurs.

Ridley Scott n’a pas seulement eu des problèmes avec ses producteurs. Il a aussi dû faire face à un tournage chaotique . Les ennuis ont commencé dès la pré-production. Un second scénariste a été embauché dans le dos du premier afin de mieux satisfaire la vision du réalisateur. Sur le tournage, Ridley Scott était isolé pour s’être mis à dos une partie de l’équipe. Perfectionniste à l’extrême, le réalisateur ne laisse pas d’initiative aux techniciens et les fait travailler jusqu’à épuisement pour avoir un film montrant parfaitement sa vision des choses.
De plus, lors d’une récente interview au magazine américaine Vanity Fair, l’acteur Harrison Ford s’est confié en disant « C’était une galère (…) Je ne trouvais pas tant cela difficile physiquement, que mentalement. » Le metteur en scène et son acteur se sont disputés principalement autour de la nature du héros (devait-il être un répliquant ou non). Avant Harrison Ford, c’était Dustin Hoffman qui travaillait sur le rôle, avant de quitter le projet pour divergences créatives.

harrison ford sur le tournage de blade runner
decor du film blade runner
ridley scott et harrison ford sur le tournage de blade runner
photo de tournage de blade runner

Cependant, malgré sa forte personnalité, Ridley Scott n’a pas eu le fin mot de l’histoire. Une clause du contrat garantit le final cut aux producteurs, qui ont imposé une voix off explicative pour aider les spectateurs à comprendre l’histoire et un happy end car la fin de Scott était jugée trop pessimiste.
Le film dispose de tous les atouts pour devenir un grand film mais les complications rencontrées pendant le processus de production et le tournage nuisent au rendu final, ce qui peut expliquer son mauvais accueil dans les salles.
De plus, « Blade runner » doit faire face à des concurrents féroces à savoir « The Thing » de John Carpenter, et « E.T. » de Steven Spielberg, sortis dans la même période.

Deux œuvres, deux lectures

Le scénario de « Blade Runner » s’inspire du roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » de Philip K. Dick, publié en 1966.

Ridley Scott et Philip K Dick

Le livre et le film diffèrent , les scénaristes n’ont pratiquement conservé que deux personnages, le détective Rick Deckard (joué par Harrison Ford) et la réplicante Rachel (Sean Young). Dans le livre, les gens souffrent de la solitude provoquée par l’extinction des animaux. Deckard possède un mouton électrique pour combler son vide affectif. Cet aspect disparaît complétement dans le film.
Un autre point qui différencie les deux œuvres est l’environnement dans lequel évolue les personnages. Contrairement au film, la ville décrite dans le livre est déserte, la plupart des habitants a émigré sur Mars.
Cependant, l’atmosphère poisseuse de la ville est parfaitement retranscrite dans le film. Pour cela, l’équipe du film s’est inspirée de l’univers du dessinateur français Moebius.
On retrouve également dans le film la construction générale du livre où deux histoires se déroulent en parallèle. Celle de Deckard et d’un autre personnage qui accueille les répliquants chez lui.
Nous avons donc deux œuvres complémentaires à découvrir qui réjouiront les amateurs de science-fiction.

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